Funérailles de notre frère Jean-Marie Bernard Ponzio

Frère Jean Marie Bernard Ponzio (1954-2018)

     Frère Jean-Marie Bernard est né le 4 février 1954 à Lyon, 2ème d’une fratrie de cinq. Après des études d’ingénieur, il rejoint la Communauté Saint Jean à Fribourg en 1979, sur les conseils de Marthe Robin. Il y fait profession le 8 juin 1981 et est ordonné diacre le 22 juin 1985.

Vie liturgique

     Après avoir achevé sa formation à Fribourg, puis à Rimont, il parcourra le monde pour la mission. Après Cotignac et un apostolat plein de joie auprès des familles, il s’envole pour l’Afrique (Poponguine et Batouri), avant de donner près de deux ans en Roumanie avec l’association humanitaire Équilibre. Il rentre ensuite en France quelques mois avant de s’envoler pour l’Amérique où il passera près de 8 ans à Salvador (Brésil), Laredo (Etats-Unis) et surtout Monterrey (Mexique).

Là-bas, il a donné beaucoup de son temps auprès des enfants. Quelques jours avant sa mort, il témoignait à un frère de la joie qu’il avait eu à baptiser bon nombre d’enfants.

Apostolat au Mexique

La foi est si vivante au Mexique.

 

     Il revient en France (Souvigny, Rimont, Saint Fargeau) en septembre 2001. Il est assigné à Saint Jodard en septembre 2014 dans un état de santé précaire. Les frères gardent le souvenir de son amour indéfectible pour la Parole de Dieu, visible à travers son amour de l’hébreu. Il n’était pas rare qu’il partage l’une de ses découvertes sur la signification d’une racine hébraïque. Dans l’épreuve et la fragilité humaine, il a été pour ses frères un témoin de la fidélité à l’amour de Jésus. Il se sentait parfois accablé par les souffrances, et pourtant, il manifestait combien il s’unissait dans l’épreuve à la Croix de Jésus.

     Tout juste deux semaines après le début du carême, le Seigneur dans sa miséricorde lui a permis d’achever son chemin pascal à l’aube du 28 février.

Veillée de prière

Vidéo de l'homélie:

Texte de l'homélie lors des funérailles:

Funérailles de frère Jean Marie Bernard, csj

1 Co 1, 26-31/Ps. 15/Jean 12, 24-28

     Alors que nous sommes en plein cœur du carême et que la communauté se prépare à célébrer Pâques, le Seigneur a anticipé son passage parmi nous, pour et grâce à fr. Jean Marie Bernard. Il est passé – sens de pessah – à la fin de la nuit mercredi dernier, comme il est passé, dans la nuit pascale pour libérer son peuple de la servitude. Il a délivré notre frère de sa servitude.

     L’évangile nous éclaire particulièrement sur le sens de ce passage de Dieu. Il nous permet d’accompagner le Christ face à sa propre mort et nous délivre une triple signification du passage. Nous allons donc scruter le texte à l’envers pour comprendre le triple passage que nous avons à faire.

     1. Le 1er est le passage du trouble à la gloire. Face à l’imminence de sa mort, le Christ est profondément troublé, comme il sera « secoué » par la mort de Lazare. Ce passage de l’évangile est nommé par les exégètes l’agonie johannique. Il nous place donc à Gethsémani, avec le Christ connaissant la tristesse et l’angoisse.

     Dans cette situation, le Christ ne s’est pas laissé submerger. Il s’est remis entièrement à la bonté et la douceur du Père « Abba », et de son angoisse a jailli un cri : « Père, glorifie ton Fils ». La gloire, c’est l’intimité du Père et du Fils ; c’est, disait le p. Marie-Dominique, la victoire de l’amour. Oui, dans son trouble et son angoisse, le Christ est glorifié : « je l’ai glorifié et je le glorifierai ».

     Tel est le 1er passage, la 1ère pâque, vécue par le Christ et nul doute que notre frère, qui était parfois submergé par l’angoisse est aujourd’hui, accueilli dans la gloire du Père, dans l’intimité de son amour. C’est pour cela que nous célébrons aujourd’hui la Pâque du Christ, pour que notre frère soit accueilli dans les bras de ce Père qu’il a tant cherché.

     2. Le 2ème passage est celui du service à l’honneur. Notre profession religieuse nous consacre entièrement au service du Seigneur. Elle nous libère pour pouvoir le suivre, partout où il nous conduira, même là où nous ne l’aurions pas voulu, au jardin de Gethsémani. Notre frère était entièrement consacré au service du Seigneur, configuré au Christ serviteur diakonos par le sacrement de l’ordre. Il a voyagé de par le monde, annoncé la bonne nouvelle sur tant de continent. Et même dans la maladie et la fragilité, il a continué à enseigner à ses jeunes frères l’amour de la Parole et l’obéissance du serviteur.

     Aujourd’hui, nous prions pour que le Seigneur accomplisse sa promesse : que là où il est, là aussi soit son serviteur. Notre frère, dans son amour pour l’hébreu, était passionné par la signification de la lettre yod, lettre de l’accomplissement, de la plénitude. En même temps, c’est la lettre la plus petite, à peine plus grosse qu’un point, tellement petite que l’on risque de l’oublier. Cette lettre, qu’il a mise dans son nom, Jean, Yohanan, est aussi celle de Dieu lui-même, 1ère lettre du tétragramme sacré. Oui, la lettre la plus petite devient la lettre de la plénitude. « Ce qu’il y a de faible dans le monde » est aujourd’hui honoré par le Père ; la faiblesse devient la force, la fragilité devient accomplissement. C’est ce que nous demandons pour notre frère, dans la célébration de la messe.

     3. Le 3ème passage est celui du grain de blé, le passage de la mort à la vie, de la solitude à la fécondité. Si le grain meurt, c’est que la vie est à l’œuvre en lui. Il meurt, en fait d’une surabondance de vie. Tel est bien le sens de notre consécration religieuse, nous laisser travailler par le surcroît de vie du Christ, jusqu’à ce qu’elle fasse exploser notre vieil homme, jusqu’à ce que la mort soit engloutie dans la vie et la victoire du Christ.

     Ceci est tellement bien signifié par le pain eucharistique. Le grain de blé doit être broyé pour devenir de la farine ; noyé pour devenir de la pâte ; brûlé pour devenir du pain. Pain azyme, pain de misère, mais qui, comme le dit saint Ignace, devient le pain immaculé du Christ.

     Telle est bien la vie de notre frère. Souvent broyé par l’angoisse, parfois noyé par son incapacité, toujours brûlé par le désir de ressembler au Christ. Sa vie qui, à ses propres yeux, ressemblait plus à un pain de misère qu’à la gloire et la puissance du monde, le Christ l’a prise et l’a transfigurée. Il a pris ses souffrances comme matière de l’offrande et les a transformées en vie offerte, en vie donnée et féconde.

     Chers frères et sœurs, quel paradoxe ! Paradoxe d’une vie plus réussie que jamais ! Celui qui se regardait si fragile et inutile devient pour sa communauté l’icône de l’inattendu du passage du Christ, le signe de sa miséricorde, un signe d’espérance avéré : rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ.

     Mercredi soir, en l’habillant, nous sont revenues les paroles de la prise d’habit lorsqu’on remet au frère le scapulaire. Que ces paroles soient notre prière pour frère Jean Marie Bernard aujourd’hui :

« Que la bienheureuse Vierge Marie,

dont vous porterez désormais le scapulaire

et à qui vous consacrez votre corps et votre âme

et tout ce qui en dépend, sans en rien excepter,

vous attire à elle ;

qu'elle vous cache dans sa foi,

vous rende inébranlable dans son espérance

et fervent dans sa charité ».

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  1. […] Frère Jean-Marie-Bernard est le frère du père Raphaël Ponzio, Prieur du prieuré de la Chaise-Dieu. En savoir plus […]